Que s’est-il dit lors de la rencontre culture numérique qui s’est déroulée les 27 et 28 mars au Louvre ? Organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication, elle a rassemblé les professionnels de la culture afin de parler de la place du numérique autour de la thématique « Les publics, in situ et en ligne ». Riche en échanges, elle a permis de faire ressortir les problématiques clés que traverse le secteur et de partager des retours d’expériences sur les dispositifs mis en oeuvre.

Le numérique contribue-t-il vraiment à l’élargissement et au renouvellement des publics ? 

La question de la connaissance des publics numériques et de leur singularité par rapport au public in situ a été récurrente tout au long des débats. Anne Krebs, chef de service adjoint du Centre Dominique-Vivant Denon du Musée du Louvre, a introduit la journée en abordant ces problématiques. Elle a souligné que l’élargissement des publics n’était pas avéré. Il existe par exemple de nombreuses applications ayant un taux d’audience faible ce qui témoigne de l’écart entre la réalité des usages et les outils produits. Dans certaines situations, le numérique a un impact important sur les usages comme l’a démontré Gaël Chenard, directeur des archives départementales de la Vienne. Il expliquait par exemple qu’aujourd’hui 80% des lecteurs des archives sont en ligne, ce qui a entraîné une désertion des salles de lectures. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les personnes âgées constituent une large partie de ce public. Toutefois, l’identification de ces publics en ligne n’est pas toujours aisée en raison de l’importance de données à traiter.

Comment améliorer la méthode de traitement des données de masse ? 

Le traitement de la masse considérable de données disponibles était également au coeur des préoccupations. L’une des difficultés tient à la diversité de sources de ces données. Certaines sont produites par d’autres acteurs, parfois pour d’autres finalités que l’analyse, ce qui complique parfois leur interprétation. C’est par exemple l’un des problèmes rencontrés par Olivier Zerbib, maître de conférences en sociologie à l’université Grenoble Alpes, pour exploiter des données liées à l’usage de la plateforme de prêt de livre numérique Bibook. D’autres fois, ce n’est pas la nature des données mais leur signification qui est problématique. C’est l’une des difficultés rencontrées par la BPI à propos des données de navigation web et de consultation lors d’une enquête sur l’internet public évoquée par Muriel Amar. Toutefois, ces données quantitatives peuvent être insuffisantes, c’est pourquoi elles sont à compléter par une démarche qualitative faite d’entretiens et de focus groupes. Comme l’a souligné Louis Wiart, nous sommes dans une phase de tâtonnement pour arriver à trouver un point d’équilibre dans l’exploitation de ces données. Enfin, il ne faut pas oublier l’importance de leur conservation et de leur archivage comme le rappelait Anne Krebs.

Quels sont les dispositifs numériques les plus plébiscités ? 

Certains dispositifs ont été évoqué à plusieurs reprises au cours des retours d’expériences. A commencer par l’application : le Musée du Louvre, le Centre Pompidou ou encore la RMN-GP ont présenté les leurs. Globalement, ces applications sont plutôt utilisées à des fins d’aide à la visite et de médiation in situ. Toutefois, elles présentent tout de même des faiblesses comme le rappelait Catherine Guillou à propos de l’application du Centre Pompidou. Il est important de ne pas transposer le contenu classique d’un audio-guide dans une application et d’adapter le contenu au format de l’application sous peine de constater une faible durée d’utilisation ainsi qu’un faible taux de fidélisation. Chaque dispositif est différent et nécessite de repenser la relation à l’utilisateur.
Le MOOC a également été abordé à plusieurs reprises, d’abord par la RMN-GP qui a évoqué son MOOC Picasso puis par le Château de Versailles qui présentait un retour d’expérience sur le MOOC Louis XIV. Ces deux MOOC avaient lieu en même temps que des expositions sur le même thème, ce qui permettait d’étudier la corrélation entre les publics en ligne et in situ. Le constat est à peu près le même pour ces deux MOOC : le public est différent de celui qui s’est déplacé pour voir l’exposition. Dans le cadre du MOOC Picasso, seul 20% des utilisateurs ont également vu l’exposition. Toutefois, l’élargissement des publics semble assez limité, Caroline Gaillard, responsable des études des publics du Château de Versailles présentait les utilisateurs du MOOC comme étant déjà des consommateurs culturels.