Vous n’avez surement jamais entendu parler de la chapelle de Saint Jean de Boiseau… sauf si vous êtes un peu geek ! Vous vous demandez sûrement quel est le rapport entre une chapelle du XVe siècle classée aux monument historiques et les aficionados du web et de la pop culture ? A priori aucun, du moins jusqu’en 1993 au moment de la restauration de la Chapelle par le sculpteur Jean -Louis Boistel. Les plans de la chapelle ont été perdus et les chimères sont en ruine, il faut les remplacer mais les architectes n’ont aucune idée de l’aspect original des sculptures. L’artiste propose alors de remplacer certaines des chimères par de nouvelles… plus modernes. Tout à coup Goldorak, les gremlins ou encore les aliens à donner des sueurs froides à Ripley se font une place sur la vénérable chapelle.

Un des célèbre xénomorphe de Ridley Scott inspiré du travail de HR Giger, il joue ici le rôle du Léviathan, monstre mythologique qu’il vaut mieux ne pas réveiller. 

Ces représentations sont pourtant loin d’être de simples clins d’oeil à la culture populaire. Les chimères choisis par Jean-louis Boistel  sont en fait des réactualisations de symboles connus par tous à l’époque du gothique au moment de la construction de la chapelle. En effet voulant suivre l’esprit des bâtisseurs de cathédrale, il a choisi des figures dont la symbolique est évidente pour chacun d’entre nous, comme celle des anciennes chimères l’étaient pour nos ancêtres. Il a ainsi actualisé les coutumes des tailleurs de pierre qui utilisaient les mythes au coeur de la société pour inspirer leurs figures.

 

Goldorak, le célèbre robot japonais, n’est il pas un chevalier moderne, symbole de droiture et de force ?

Tout en s’inspirant de la culture pop américaine et de l’animation japonaise, Jean-Louis Boistel respecte donc le programme iconographique initial de la chapelle et conserve l’idée de s’adresser au plus grand nombre avec des figures entrées dans notre imaginaire commun. Finalement nos héros modernes ne seraient ils pas la réactualisation des légendes de nos ancêtres ? Superman et Dark Vador ne sont ils pas des versions modernes des grands mythes fondateurs ? Si le sujet vous intéresse, vous pouvez jeter un coup d’oeil au catalogue de l’exposition de la petite galerie du Louvre: Mythes fondateurs – d’Hercules à Dark Vador.

 

Le gremlins est la figure qui représente le bon monstre en chacun de nous, mais attention à la tentation qui peut le faire basculer et devenir un gremlins !

Jean-Louis Boistel n’est pas le seul à utiliser des représentations contemporaines de chimères pour orner les pinacles de monuments religieux. On en trouve aussi sur la Cathédrale Nationale de Washington, par exemple, qui est ornée sur son flanc ouest de sculptures à l’aspect étonnant : l’une représente un politicien corrompu, dont les poches pleines laissent voir des billets de banque dépasser. On peut également  voir un business-man pressé avec son attaché-case. Enfin une autre représente la mythologie de Star Wars avec l’iconique casque de Dark Vador, sculpté par Jay Hall Carpenter.

 

La figure de Dark Vador a marqué des générations comme l’incarnation du méchant, une version moderne du diable, archange déchu qui a quitté le chemin de la lumière. 

Romain Formond